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[Live report] On a déjeuné avec Interzone à La Boule Noire (Paris)

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Interzone à La Boule Noire (Paris)

Interzone a bien fait les choses. Ce mardi 19 février, c’est  à 13h qu’est fixé le rendez-vous dans la petite salle de Pigalle. Au menu : showcase, rencontre et déjeuner informel. Le duo reçoit en toute simplicité, chaleureusement et avec une envie palpable de faire découvrir ses nouvelles créations. Dès notre arrivée, on entend par ici un timide « bonjour » souriant lancé par Khaled AlJaramani. Puis, on croise Serge Teyssot-Gay, tout sourire, qui nous sert la main en lançant un « Salut, je suis Sergio ! Bienvenue, il y a quelques trucs à manger qui on été préparés à la maison, n’hésitez pas, on est là pour ça ». Mais on est surtout là pour voir le duo jouer en live quelques uns des morceaux qu’on a entendu sur leur site ou sur sur France Inter.

Sur la scène on aperçoit d’un côté la gratte déjà mythique du guitariste de Noir Désir, quelques pédales et loopers, un AC30. De l’autre côté : un oud, une chaise un micro. Après quelques minutes de discussions croisées et de salutations cordiales, le showcase commence. En trois titres Interzone tisse les grand axes de son album.

« Evasion » commence sur un riff  langoureux, mêlant harmoniques et glissés bluesy exécutés au slide par Teyssot-Gay. L’écrin accueille les premières notes de oud qui dessinent en délicatesses des mélodies intrigantes. La voix de Khaled  fait résonner ses premières notes, alors que la guitare électrique se dédouble. Les arpèges légers, samplés, continuent a tourner. Mailloche à la main, le guitariste tire des notes frottées, nimbées de reverb, qui élargisse l’espace du morceau et auréolent les paroles du chanteur-ouddiste. On apprendra dans la discussion qui suit le concert que le texte est de Shahab al-Din Yahya as-Sohrawardi, mort en 1191, qu’il s’agit d’un message adressé à ses amis, approximativement : ne croyez pas ceux qui vous disent que je suis mort, mon âme est un oiseau qui s’est échappée de sa cage (mon corps). Terrible et bel écho aux proches de Khaled morts en Syrie récemment.  On est saisi par la beauté, l’évidence musicale qui unit le duo.

« 12466 » s’ouvre sur des arpèges de guitare syncopés, presque inquiétants, auxquels répond très rapidement le oud. Les sons se croisent, les thèmes s’échangent. On assiste à un ping pong superbe entre les deux instrumentistes. Il y de l’espace dans leur musique. Un espace fait de distance et de proximité, qui renvoie aux 12466 Km qui séparent Damas et Mexico, où se trouvaient respectivement les deux musiciens il y a quelques temps, composant chacun de leur côté deux morceaux en 7 temps tellement proches qu’ils fusionneront en un seul. Alors que les distorsions tissent à l’unisson avec le oud des riffs véloces, quelque chose de reposant et curieux émane du duo, une danse à deux, évidente et riche.

Le troisième titre, dont on n’a pas compris le titre mais qui est basé sur un texte nabatéen datant d’il y a plus de 2000 ans, met d’emblée en avant le oud. On comprend petit à petit toute la magie de l’instrument, dont la forme actuelle est deux fois millénaire. Un instrument avec lequel – sans mauvais jeu de mots – on lutte. Un instrument physique, qu’on violente quelque peu, mais duquel la virtuosité tire une poésie, délicate ou féroce. La proximité du oud et de la guitare électrique est évidente chez Interzone. Quand bien même des siècles de technologie séparent les deux instruments, on réalise qu’il serait un peu court (et impossible) de tenter d’opposer la musicalité de l’un à celle de l’autre. Le mélange se love d’une évidence que vient encore souligner la voix, dont les inflexions comme les bends de la guitare, vont chercher des éclats dans les quarts de tons et les modes trop complexes pour nos maigres capacités musicales.

Après ces trois extraits live de l’album, Serge Teyssot-Gay et Khaled AlJaramani s’assoient sur le bord de la scène et engagent la discussion.  L’envie de présenter la généalogie des choses et le pourquoi de ce très beau nouveau disque est palpable. Ils évoquent leur rencontre à Damas en 2002, les premières maquettes, l’amitié qui éclot au fur et à mesure, le plaisir de travailler ensemble. Khaled précise que s’il y a une si bonne fusion entre la guitare électrique et le oud, c’est parce que « ce n’est pas avec la guitare électrique [qu’il] joue, c’est avec Serge ». Ils rient en décrivant la langue intermédiaire de l’Interzone des débuts, qui mêle l’Anglais approximatif de Serge au Français alors balbutiant de Khaled. On survole la discographie d’Interzone, l’évolution du projet, les quatre années sans occasion de travailler ensemble depuis le dernier album, les retrouvailles musicales et la nouvelle façon de travailler, plus partagée, plus fusionnelle. Les deux instrumentistes sont désormais co-compositeurs des titres, alors qu’avant chacun amenait ses titres et ses thèmes, qu’il arrangeait avec l’autre. Ils détaillent les deux formules scénique du projet, le duo et le quintette (avec percussion et deux instruments à vent). On perçoit aussi quelques éléments de la vie de Khaled, qui vit désormais loin de chez lui en France. Il explique à quel point les partis pris musicaux de ce disque, la polyrythmie, l’absence d’échelle musicale, le brouillage des habitudes communes de sa musique, sont une transposition à l’expression musicale de l’instabilité de sa vie actuelle. Serge résumera simplement les choses en précisant que la musique d’Interzone n’existe pas dans un but d’entertainment, même si c’est une démarche tout à fait respectable, mais qu’à l’inverse elle existe pas parce qu’elle est l’expression du vécu de ceux qui la font.

Le nouvel album d’Interzone, Waiting for spring, est disponible.

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Interzone à La Boule Noire (Paris)

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Interzone à La Boule Noire (Paris)

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interzone.sergeteyssot-gay.fr

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